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jeudi 26 novembre 2015

La Complainte des Filles de Lot - Morgan Caine


Auteur : Morgan Caine
Editeur : Rokh Editions
Date de parution : 10 août 2015
Nombre de pages : 470 p.

L'homme marchait à petits pas pressés, seul dans la nuit, bien qu'il ne fût guère plus de vingt-deux heures.

  
Présentation de l'éditeur :


Trois hommes sont retrouvés mutilés à Boston. Vivants, mais proprement émasculés.
Quand la presse révèle qu’il s’agit tous de pédophiles, le public prend fait et cause pour cet étrange criminel, qu’elle surnomme le Glaive.

Le caractère chirurgical des mutilations intrigue l'inspecteur Redzinski, même s'il n'est pas particulièrement pressé de serrer le Glaive, qu'il n'est pas loin de considérer comme un justicier.

Mais quand une petite fille, Abby Harmon, est enlevée, la donne change. Le Glaive est peut-être la seule piste pour la retrouver…

Flanqué du toujours inénarrable Watson, et avec l'aide de Jordan Adams, ils vont plonger tous les trois dans les plus terribles méandres de l'âme humaine.

Et Jordan devra affronter de nouveau les démons de son propre passé… 

Mon avis :

Quel plaisir de retrouver Red, Watson et surtout Jordan ! (Les critiques de tomes précédents : ici et là) 

Le livre est à nouveau séparé en différentes parties et ça me plait car on sait, sans savoir, où l'auteur veut nous emmener et qui va être concerné, qui va être le personnage principal du chapitre.

On est très vite mis dans le bain. Un mystérieux personnage joue les justiciers en émasculant des hommes soupçonnés de comportements illégaux, mais qui est-ce? Cette réponse, qui arrive tard dans le récit après quelques péripéties et fausses pistes, m'a laissé bouche bée, mais prend tout son sens.

La problématique du justicier amène toute la question de la vengeance personnelle et peut poser un problème de conscience : faut-il le traquer ou faut-il attendre un peu car on ne dispose pas des moyens de poursuivre légalement ces personnes. En plus, ce justicier ne veut pas tuer ses victimes, seulement les empêcher de nuire, car il leur laisse un mémo "post-opératoire" mais également une citation biblique.

Morgan Caine nous amène à nouveau au cœur des pires perversions humaines avec toutes les douloureuses questions liées au viol et surtout à la pédophilie et au meurtre/disparition d'enfants et un sujet encore plus terrible - mais vous en dire plus, diminuerait le suspens. Vous comprendrez toutefois assez vite la raison d'un tel titre !

On commence par faire la connaissance d'Angel qui a été frappé en plein fouet par un drame qui bouleversera toute la famille. Par son biais, on rencontre également Meredith Walsh, sa psychologue.
Elle a fait du suivi des victimes et des auteurs son cheval de bataille en allant jusqu'à organiser des groupes de paroles rassemblant des personnes des deux groupes, dans le cadre de ce que l'on appelle la "restorative justice".

L'auteur nous présente par la suite June dont la petite sœur va être kidnappée, ce qui amènera nos enquêteurs préférés a accélérer leurs recherches du Glaive.

On rencontre ensuite Rachel, une procureure dépassée qui parfois se sent impuissante à faire condamner les auteurs. Alors que les victimes peuvent se décomposer lors de leur témoignage, les auteurs présentent souvent bien, sont des personnes respectables. Ce qui peut être très frustrant dans le cadre d'un procès avec un jury populaire. "C'était là aussi que le bât blessait. Comme toute procédure soumise uniquement au jugement de citoyens, qui n'étaient pas des juristes professionnels, elle faisait la part belle à l'émotion, ainsi qu'aux préjugés". Ce qui lui pose de nombreuses questions comme les suivantes, tragiques "Comment en était-elle arrivée à souhaiter de telles monstruosités, juste pour obtenir les éléments à charge qui lui permettraient de jeter une ordure en prison ? Qui pouvait sortir indemne de ce genre de calculs inhumains et de stratégies tortueuses ? Fallait-il vraiment devenir un monstre pour penser comme les monstres, et pouvoir les combattre, pouvoir les devancer?"

Il ne faut pas oublié Jordan qui va à nouveau se retrouver mêlée à cette enquête et sur laquelle porteront les soupçons peut-être, lorsque les inspecteurs vont découvrir qu'elle se trouve être la voisine directe d'une des victimes du Glaive. Jordan montre une fois de plus qu'elle a un cœur énorme ! Elle partage avec nous et nous fait découvrir ses chansons préférées et nous embarque. Je l'adore ! Son personnage a tellement de facettes et est très bien développé. C'est toujours un plaisir de la retrouve et un pincement au cœur de la quitter à la fin du récit.

Tous semblent avoir un mobile et les moyens pour être Le Glaive. Chacun a vécu un traumatisme dans son enfance qui a conditionné ce qu'ils sont devenus. Mais est-ce suffisant pour les transformer en justicier ? Se trouve-t-il parmi eux ?

Nos inspecteurs vont devoir également veiller à ne pas laisser pousser la vindicte populaire, emmenée par Savannah Twain, journaliste aux dents (très) longues.

Le récit est mené de main de maître et à aucun moment je n'ai imaginé qui était derrière le Glaive et le dénouement m'a vraiment bluffée. Je suis définitivement conquise par le style de Morgan Caine qui aborde des sujets difficiles et délicats mais parvient à garder une belle sensibilité et un style autant en douceur que possible. Vivement le prochain !


J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune sur le forum PartageLecture et on a eu la chance de participer ensuite à un chat avec Morgan Caine (et Lisa!). Le compte-rendu se trouve par ici

mardi 24 novembre 2015

Ce qu'on fait sans plaisir - Morgan Caine


Auteur : Morgan Caine
Editeur : Rokh Editions
Date de parution : 23 janvier 2015
Nombre de pages : 355 pages



Elle regarda les bleus sur son visage dans le miroir. Ce n'était pas la peine d'essayer de les cacher sous un maquillage épais.

Cette fois serait la dernière fois.


Présentation de l'éditeur : 
 
Norman Seward, un paisible professeur d’Harvard, est retrouvé à son domicile, abattu d’une balle. Sa femme Amanda a disparu.

Le FBI et les US Marshals débarquent aussitôt à Boston. L’ex-mari d’Amanda Seward, Gregory Heller, vient de s’évader de la prison de Haute-Sécurité d’Indianapolis. En effet, il y a huit ans, Gregory Heller a sauvagement assassiné ses deux enfants, Tim et Lauren, âgés de cinq et trois ans, et a éventré son ex-femme, Amanda, qui allait se remarier.

Est-ce lui qui est venu s’en prendre de nouveau à la malheureuse ? La chasse à l’homme commence.

L'inspecteur Redzinski, et son coéquipier Watson, vont rouvrir l'enquête.
Celle-ci va réveiller d’anciens démons, et raviver de vieilles blessures. Nul n’en sortira indemne.

Car qui a réellement tué les enfants Heller?


Épigraphe : 

Pour vous expliquer le titre, je vous offre aussi l'épigraphe de Colette : "Le vice, c'est le mal qu'on fait sans plaisir."



Mon avis :

J'avais tellement aimé le premier livre de Morgan Caine (ma critique) que j'ai voulu me lancer directement dans la suite mais j'ai commencé ce livre durant mes vacances cet été et il me rappelait trop le travail pour que je puisse m'y mettre à fond à ce moment-là. Je l'ai donc repris avec plaisir (et sans regret) quelques mois plus tard.
Au fil du livre, on passe d'un chapitre à l'autre et on y fait la connaissance du Roi de cœur qui est un homme bon, sincère et amoureux; de la Dame de cœur qui elle, est une femme amoureuse, loyale, passionnée mais également  une amie sûre. Nous rencontrons ensuite la Dame de pique qui est une femme seule, veuve ou divorcée puis le Valet de pique, lequel symbolise la fausseté et la trahison dont il faut se méfier. Et enfin, la dernière partie s'intitule "As de pique" et symbolise les contrats, les procès, ou les transactions mais aussi les surprises. J'ai beaucoup aimé cette incarnation et ce rapport aux cartes du tarot qui fait tout à fait sens dans ce récit et qui se retrouve également sur la couverture.
Ce roman, en plus des violences domestiques, traite d'autres sujets sensibles comme le droit de visite sur un enfant. J'ai apprécié la douceur dont fait preuve Morgan Caine notamment lorsqu'elle fait parler Jordan de Penny comme d'un "vase inestimable et très fragile, qu'elle tremblait d'abîmer". L'auteur aborde aussi le délicat syndrome d'aliénation parentale. Le livre comporte également des références intéressantes à la mythologie avec notamment le Complexe de Médée et aussi à d'autres syndromes comme celui de Münchhausen.
Avec beaucoup de pudeur, elle parle de ces femmes qui souffrent mais qui n'arrivent pas à quitter leur époux, qui eux s'arrangent souvent pour qu'il y ait le moins de marques visibles. Cette phrase est très intéressante :
"Il y a celles qui sont complètement sous influence, comme des victimes de secte. Celles qui n'ont plus la force de réagir, qui sont persuadées qu'elles méritent leur sort. Et puis celles qui les aiment encore, malgré tout, et qui espèrent qu'ils vont changer."

Morgan Caine y parle également des préjugés que les gens peuvent avoir sur le fait que les hommes violents le sont parce qu'eux-mêmes ont été maltraités dans leur enfance, ce qui n'est pas toujours le cas.

Pour en revenir au récit, on suit en parallèle l'histoire d'Amanda qui a traversé un drame inimaginable et celle de Margie qui n'est pas celle qu'elle dit. On y retrouve avec plaisir Jordan, toujours prête à aider les autres, qui a été introduite dans une association qui s'occupe d'extrader les victimes de violences lorsque aucune autre solution n'existe. Cette association est chapeautée par Margie et c'est ainsi que les différents protagonistes vont être mis en contact. Ce roman est plein d'histoires qui s'entremêlent et qui auront peut-être ou peut-être pas de lien l'un avec l'autre, mais l'histoire sera pleine de rebondissements.
J'ai beaucoup apprécié la prise de conscience que nous "impose" Morgan Caine à la fin de son récit :
"En France, tous les deux jours et demi, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Le temps que vous lisiez ce livre, une ou plusieurs femmes en seront donc victimes."

Encore un roman très réussi qui ne peut pas laisser de marbre et pour moi ce fut un coup de cœur, malgré le côté un peu dérangeant des thèmes difficiles abordés.

Un grand merci à Rokh Editions et à Lisa pour l'envoi de ce roman !

Et pour la minute militante : Sachez que le 25 novembre (demain) est la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.


Phrases piochées ici ou là:

"Le bonheur, disait sa mère, c'était fait de petites bulles de rire, de confiance, de légèreté."
  
Lu en octobre 2015
Coup de cœur